Maison de la Négritude
En 1789, les villages et villes de France eurent à rédiger leurs cahiers de doléances pour la convocation des Etats Généraux. Or, les habitants de CHAMPAGNEY, après leurs revendications et plaintes d'ordre général, incluent dans leur cahier un article étonnant et unique en son genre (l'article 29), un texte révolutionnaire puisqu'il condamne énergiquement la traite des Noirs et réclame fermement son abolition.
Voici le texte de cet article (Document B-4213 aux archives Départementales de la Haute-Saône à Vesoul) :
"Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les nègres dans les colonies, sans avoir le coeur pénétré de la plus vive douleur, en se représentant leurs semblables, unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que ne le sont les bêtes de somme. Ils ne peuvent se persuader qu'on puisse faire usage des productions des dites colonies si l'on faisait réflexion qu'elles ont été arrosées du sang de leurs semblables : ils craignent avec raison que les générations futures, plus éclairées et plus philosophes, n'accusent les français de ce siècle d'avoir été anthropophages, ce qui contraste avec le nom de français et encore plus celui de chrétien. C'est pourquoi, leur religion leur dicte de supplier très humblement Sa Majesté de concerter les moyens pour, faire des sujets utiles au royaume et à la patrie."
Ce texte d'avant garde fut vraisemblablement suggéré par un noble originaire de Champagney, Jacques Antoine PRIQUELER, proche de la "Société des Amis des Noirs" créée à Paris en 1788, mais aussi par l'esprit de fraternité et de respect de la dignité de son prochain, qualités inhérentes à la foi chrétienne animant alors la population pauvre de ce village des Vosges saônoises.
En 1971, un enfant du pays, René SIMONIN, décédé en 1980, esprit éclairé et érudit, tire de l'oubli ce texte, le fait connaître et fonde autour cet article 29 appelé "VOEU DE CHAMPAGNEY" un mémorial, cette maison, célébrant la mémoire des signataires du Voeu, mais entretenant aussi la flamme des Droits de l'Homme par une action de sensibilisation et d'éducation.
De 1971 à 1994, la Maison fut logée sur 80 m² dans une aile de la Mairie. Modestement, elle fit le maximum en un peu plus de vingt ans pour faire progresser l'idée contenue dans le Voeu de Champagney. La municipalité élue en 1989 a décidé de donner à cette structure un cadre digne de ce message. C'est ainsi que fut rénové un vaste bâtiment en plein centre du village, face à la mairie. Tout en conservant le patrimoine architectural local, la Maison de la Négritude et des Droits de l'Homme est réellement devenue une Maison. L'inauguration de ces nouveaux locaux en 1995, coïncide avec la date anniversaire du 19 mars.
En trois salles on découvre l'article 29, son origine, le contexte historique de sa rédaction, le quotidien des habitants de Champagney au XVIIème siècle, d'autres cahiers qui évoquent la traite des Noirs.
La deuxième salle, la plus vaste, voûtée, retrace l'histoire de la traite, puis le long chemin vers son abolition le 27 avril 1848, des philosophes du siècle des Lumières à Victor SCHOELCHER en passant par la Révolution de 1789 et Toussaint Louverture. Dans cette même salle, deux fosses évoquent l'entrepont du navire négrier. La première est une reconstitution de la cale du voyage vers les Amériques avec ses corps d'esclaves imbriqués les uns dans les autres, chargés de chaînes ; la seconde évoque le retour en Europe avec le chargement des produits des colonies. Ces deux cales sont le coeur du lieu, à partir duquel tout est dit, tout s'explique...

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